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11-2024: « un guide et ses clients arpentent la Face, sud du Mont-Blanc », article paru dans Montagnes mag

Article de MM

Le guide de haute montagne Arthur Sordoillet est tombé amoureux du versant italien du Mont-Blanc, avec ses airs d’Himalaya… Il y a guidé ses clients sur les principaux itinéraires. Il  revient ici avec humilité et humour sur les moments forts vécus à l Envers du géant.

Juillet 2024, sommet de la blanche de Peuterey, Bruno a le sourire aux lèvres ! Après quelques doutes de nuit, nous avons pu assister à un magnifique lever de soleil au-dessus de la mer de nuages, les conditions sont excellentes et la vue sur les piliers du Frêney spectaculaire ! Cela fait maintenant une petite dizaine d’années que nous projetons cette belle course, l’arête de Peuterey, les conditions ou nos disponibilités n’ont fait que reporter cette ascension d’année en année… 

Deux sommets de plus de 4000m, techniques et d’un accès sauvage : la liste de Bruno s’étoffe. Ce qui était à la base un objectif, gravir les 4000 des Alpes, est devenu un prétexte pour s’immerger en montagne, oublier un temps le monde d en bas, retourner à l essentiel.

J’ai eu la chance de guider mes compagnons-clients sur les principaux itinéraires de ce versant en l espace d une petite dizaine d année : des arêtes interminables, des piliers de protogyne fauve, du mixte d’altitude… Les courses du versant italien du Mont-Blanc ne laissent jamais de marbre. J’apprécie le départ dans les mélèzes, en regardant du coin de l’œil toutes ces aiguilles granitique qui pointent vers le Mont Blanc. À chaque fois je suis intimidé par les distances et la dénivellation qui nous sépare du sommet, mais «  chi va piano, va sano e lontano », qui va doucement va loin!

Là plus qu’ailleurs, l’attachement au monde  d’en bas se distend le temps d’une ascension. L’incertitude des conditions sur de telles dénivellations conjuguée au peu d information disponible engendre la part d’aventure que nous recherchons. D autant que pour  chaque itinéraire,  j ai découvert la course. Le contexte parfait pour d’authentiques moments de vie en  altitude! Nous comptons uniquement sur nous-mêmes, nos observations, nos analyses, nos estimations, nos atouts et nos points faibles. Nous modulons avec nos émotions:   l’inquiétude  des aléas, la peur animale d’ un environnement hostile, l’émerveillement face au caractère des lieux, la joie d avoir franchi tel passage, le bonheur fugace du passage au sommet! Ou comment vivre intensément l’ instant présent.

Les nuits, cœur des rêveries troubles 

Les nuits à l’envers du Mont Blanc sont toujours marquantes : du confort de Monzino et la chaleur humaine transmise par les très sympathiques gardiens Chiara et Stefano, à la rusticité  d’un bivouac à plus de 4000m perchés sur une arête, il y a un monde ! Entre les deux, les fameux demi-tonneaux à l’italienne offrent un abri simple mais appréciable.  Les bivouacs Eccles sont bien placés pour tous les itinéraires de la partie haute du Mont Blanc, piliers du Frêney et du Brouillard, Innominata … Le revers de la médaille est la fréquentation, d’autant que le bivouac Eccles du bas ( le plus spacieux) a été éventré par une chute de bloc. C’est l’occasion d’apprendre à collaborer entre équipes d’alpinistes et malgré l’exiguïté des lieux, ça fait chaud au cœur d’arriver à s’entendre si facilement sans se connaître ! « Et voilà une marmite de neige pour qui veut faire de l eau! ». Le bivouac Craveri (ou des Dames Anglaises) est un nid d’aigle Incroyable lové au pied d une paroi déversante. Nous avons eu la chance d’y lézarder seuls durant une longue après-midi de repos, en revanche on n’y trouve que deux couvertures rêches! « Alors tu as apprécié la douche à la neige, Arthur? » . C’est que je tiens à me sentir bien avant d’entamer la suite de l’arête de Peuterey!

 Le refuge Borelli (ou de la Noire de Peutetey) est quant à lui confortable et bien aménagé, il était gardé fut un temps où les grandes classiques catalysaient les alpinistes. 

Toujours avec Bruno, à la fin d’une longue journée sur l’arête  du Brouillard, nous déballons notre petit matériel de bivouac au col Emile Rey, à plus de 4000m. L’ambiance est fraîche en ce mois de septembre, et notre endormissement est rapidement troublé par les lueurs des éclairs qui claquent à l’horizon sur le Grand Paradis… L’idée de redescendre ce qu’on a déjà grimpé avec de la neige est plutôt angoissant, mais heureusement les orages ne viennent pas jusqu’à nous ! Quelle ambiance !

La protogyne fauve à  4000m

Une fois n’est pas coutume en ces lieux, nous partons légers en direction du pilier rouge du Brouillard avec Thibault. Presque débutant en alpinisme, son aisance m’a impressionné l’année dernière, et je souhaite lui faire découvrir les charmes du versant italien du Mont-Blanc. De la grimpe en T-shirt, des louvoiements à décoder entre des vieux  spits éloignés, le plaisir de la gestuelle : les « anneaux magiques » est une perle made in Piola! le lendemain, c’est avec un départ  de nuit et avec les gros sacs que nous grimpons le pilier Bonington voisin, on se souvient alors de ce qu’est vraiment l’alpinisme ! « Je me donne à fond à chaque longueur » me confie Thibault, qui manifestement sort bien de sa zone de confort!

Sur  le bassin du Frêney, c’est au pied de la classique et historique chandelle du Frêney, que je noue avec délectation mon sac à magnésie. Les conditions sont parfaites pour la grimpe en libre et le hissage des sacs va nous permettre d’apprécier la gestuelle à 4500m ! Les pitons en place facilitent la protection, et c’est avec un cri de plaisir que je sors de la cheminée renfougne , dernier passage clé de la chandelle !

Les glaciers ou le chaos givré

S’il y a bien un domaine où l’inconnu est omniprésent, ce sont bien les glaciers… Ils changent d’année en année, et les conditions ne sont jamais gagnées d avance. La montée classique au bivouac Eccles passe par le glacier du Brouillard: rien de très technique mais tracer le cheminement me demande à chaque  fois une grande concentration, revenir à un état presque animal pour trouver le meilleur itinéraire. Traversées à optimiser, ponts de neige à négocier, ressauts à grimper… On reste sur le qui-vive quelques heures! Quant à la partie supérieure du même glacier, son plateau s’accède par un passage tourmenté. Petit havre de paix dans ce monde dominé par d’immenses piliers, fermé par une cascade de glace infranchissable à l’aval, juste assez large pour éviter les projectiles en provenance des couloirs… Le court repos mental y est apprécié à sa juste valeur. 

Côté glacier du Frêney, le voisin oriental du Brouillard, c’est un sacré challenge de trouver son chemin dans le dédale de crevasse entre la Pointe Croux et la face Ouest de la Noire de Peuterey. Un accès plus classique passe par le col de l´Innominata, où des plaques commémoratives nous rappellent la tragédie du Frêney en 1961. Ce col constituait le dernier obstacle avant le salut lors de la retraite des 7 alpinistes. Seuls 3 le franchiront… La traversée du glacier se fait dans un des cadre parmi les plus sauvage et impressionnant du massif. Il dessert la belle Ratti à la Noire, l accès à Peuterey via Craveri ou encore la reculée Gervasutti à la Gugliermina. Quant au plateau supérieur, il est synonyme pour moi d un chouette moment de repos lancé sur l arête de Peuterey avec Bruno!

Des arêtes interminables 

Suite à notre petite sieste, ce n’est pas une partie de plaisir qui nous attend: encore 900 m de dénivellation à tracer jusqu au sommet. La belle journée d hier n’a pas eu complètement l’effet escompté: tasser la neige récente pour limiter le brassage. Coup de théâtre, deux alpinistes descendent à reculons depuis le Mont Blanc de Courmayeur puis se dirigent vers le Grand pilier d’Angle, incroyable mais vrai, la trace est faite! 

Au centre du versant  se trouve l’Innominata, une course d altitude sérieuse. Je me souviens de la force de volonté de Dan qui subit l’effort exigé par les pentes de neige raides de sortie, à plus de 4500m. Il aura bien mérité son premier Mont Blanc!

Quant à l’arête du Brouillard plus à gauche, le terme interminable est ideal pour la qualifier. Je revois encore le gentil protocole de  Bruno  à chacun des  sommets de 4000 m qui parsèment l arête: vérification du vrai sommet, on grimpe vraiment dessus et si possible on y bâtit un cairn! Quand je vous dit interminable!

A des altitudes plus clémentes se trouve l’arête Sud de la Noire de Peuterey, « une des plus grande escalade du massif » dixit Rébuffat. Et c est vrai qu elle a de la allure depuis Monzino! Après une première ascension chargé des gros sacs  de bivouac, j’opte pour la légèreté lors des suivantes : les baskets et zou on galope entre ces tours, brèches et autres ressauts. L’équipement récent de la voie normale de descente en catadioptres, des points reflétant la lumière de la frontale, devraient limiter le nombre de bivouac à la descente…

À moins qu’on ne préfère encore profiter de la magie de ces hauts lieux !

16-17/11/2024: beyond good and evil, ou comment appendre à mieux se connaître

« Nous nous sommes enchaînés ensemble dans la maison de la douleur, chacun cherchant sa vérité, au-delà du bien et du mal. »  Mark Twight.

Mark ouvrait avec Andy Parkin en 92 cette ligne mythique de mixte et manifestement ça n’avait pas été tout seul… 😅

Pour ma part j’ai appris que patience est mère de réussite : plus de 20 ans que je souhaitais grimper cette ligne et ce week-end, j’y ai guidé deux clients sur deux jours d’affilée !🤣

Il faut dire que les conditions étaient exceptionnelles 👍 un grand bravo à Bruno et Gilles pour leur motivation, sans faille et leur réactivité 👌

30/10/2024: charliberte aux rochers du midi

Exigeant, épuré, magnifique! Encore Une voie signée Mussato, partagée avec l intrépide Tom.

J1: 4 premières longueurs, j enchaîne puis je tombe au dernier pas abo du 8a au premier run.

J 2: on passe par la soi disant facile méditerranéenne, voie à droite, mais ça nous rouste déjà! Puis accès du haut dans la 8a ceuzien, en dernière longueur. absolument immanquable! Pas d enchaînement par manque de temps mais quel kif! Faudra revenir aussi par les 2 longueurs juste dessous.

8a du verdon L4

01/11/2024: Schmid au Cervin, ou l hiver avant l heure 🥶

Toblerone addiction!!

Deux ans que je scrute les conditions de cette face, pas évident d’estimer les difficultés en étant loin… en tout cas Bernard répond présent. Et sa grande motivation lui aura permis de surmonter les doutes avec brio, bravo!

Un glacier tracé mais les traces reviennent sur leurs pas…un alpiniste tombe dans la rimaye de nuit à côté de moi, sans conséquence heureusement! … un début délicat… puis de la corde tendue malgré la peuf à déblayer… de la glace raide et cassante, on entend son cœur à cette altitude!….une sortie en mode natation, peuf sur caillou… un repos au soleil sur l’Arête de zmutt en écoutant le réchaud qui ronronne… un secours en pleine face le soir pour nos compères … on rallume les frontales à l’épaule pour trouver Solvay notre havre pour la nuit, ouf!

Je suis vraiment touché par l esthétisme de cette montagne.

Inquiet quand je vois la neige pulvérulente en nord sous le refuge , puis rassuré par les traces sur le glacier. Puis finalement plus de trace mais place à l action!

Que de moments forts partagés avec Bernard! Un petit miracle qu il ait pu faire cette ascension avec les pb de santé qu il a eus avant… félicitations ! D’autant qu’il termine ainsi, les trois grandes Faces Nord des Alpes ! 

2-3-4/08/2024: Asproman total, ou la technique himalayenne en grande voie 🤪

Vivent les vacances! Après la saison d alpi avec un mois de juillet plutôt dense, je profite de la beauté de la grimpe, sans sac, peu d approche, un équipement béton et une température idéale! Où se trouve ce bijou? Dans la mythique vallée d Ailefroide!😀

C est Pierrick qui m accompagne et vu son niveau c est confortable pour moi! Toutes les manips coulent de source et malgré des maux de ventre manifestement virulents, il ne se plaint jamais.💪

Je dirais même que l ambiance est détendue et que les rires voire les fous rires résonnent dans cette gorge. Et oui c est bien grâce à ce sillon creusé au pied du Pelvoux que nous pouvons apprécier 8 longueur de pur granite au frais en plein été.😊

Les longueurs se font dans un désordre quasi aléatoire, nous gardant les longueurs du bas facilement accessibles pour la fin. Trois jours ne sont pas de trop pour nos petits bras pour taper des runs dans chaque longueurs et ses variantes. Toutes sont super à grimper, variées et exigeantes, merci les ouvreurs! 😊

Si vous souhaitez profiter de cette belle escalade au frais l été, ce serait un plaisir de vous y guider .😀

Vivre de grimpe et de paroi fraîche !😂
Ça barde sévère ! Petits pieds et micro verticales au menu 😅

Voici notre avis et infos sur la voie:

Voie majeure bien équipée, pas mal de tickets.

Sellette appréciable pour 4 relais hors vire.

Genouillère pour L5 7c, éventuellement gants pour 1 ou 2 verrous de L8

L1: 7c athlétique et beau. 

L1 bis: 6c+sympa, chauffe bien.  premier point haut 

L2: 6b+ 

L1 et L2 enchaînables ou L1bis et L2

L3: 8a+ classe et exigeant. A calage.   Approche 7a, repos total.puis dur sur petites prises. Chaussons précis appréciables.

L3 bis 7b+. Très beau et soutenu.

L4 7b/+: beau mur de règles  assez court.

L3bis et L4 enchaînables 

L5 7c. Deux sections resi et Techniques

L6 7a. Très beau et déroulant.

L7 7c. Technique au début, un pas bloc puis fin resi

L8 7a+ par la g: physique et déversant. Uniquement la fissure: plus dur!

Descente: L8 se faire mouliner.

Rappel 60 m R7–>R5. Traverser sur vire.

Rappel 60m R5–>R2 clipper des points à cause du devers.

Vire

Rappel 40 m R2 bis—> sol

J1: attaque 13h, montée par les longueurs bis jusqu à R5. Cordes fixées.

J2, run dans L5 puis fin de voie, puis run dans L3 bis.

J3: L1 puis runs dans L3

Au final nous n enchaînons pas toutes les longueurs chacun mais le plaisir de la grimpe a été clairement au rdv!😊

24-25-26/07/2024: des arêtes pour une Américaine, c est à rendre Fou!

Le contraste est saisissant entre une course d’arêtes, certes esthétique, mais avec les gros sacs, beaucoup de manips et de traversée, et une voie quasiment clé en main haut perchée, mais rendue justement accessible par cette traversée. J’ai nommé la traversée des aiguilles de chat. Midi Blaitiete, pour rendre visite à la Face Yosemitique du Fou ! C’est après un échauffement réussi et moult tergiversations que nous nous rendons en direction de cette course un peu particulière, une grande voie avec une approche par le haut et déjà très alpine ! Le bivouac au sommet du fou est très confortable et bien que Thibault se sente déjà un peu entamé, il fait preuve de motivation et transforme l essai le lendemain, en savourant les fissures raide de la voix américaine au fou , le choix, étant délibérément fait de ne pas faire les longueurs d’ Artif du début de la voie, peu motivantes pour lui ! 

Un grand bravo Thibault! Réussir ce genre de course à la troisième saison, c’est admirable ! 💪

19/07/2024: Ratti à la Noire, une voie à ne pas rater!

Il y a des coins où le rocher est bon sur des centaines de mètres, le cadre Himalayaen, et la tranquillité assurée ! Le hasard a fait que Philippe et moi, nous nous sommes accordés pour la première fois dans un de ses yeux, et ma foi la synergie a bien fonctionné ; fluidité, plaisir et dépassement de soi ont marqué cette journée mémorable à l’envers du mont Blanc. 

9-10-11-12/06/2024: peuterey la magnifique

Une arête mythique qui nous faisait de l oeil depuis des années voire des décennies 😅

Une belle bambee, heureusement que l arrivée matinale a craveri nous a permis de buller là haut longtemps, pour notre plus grand bonheur.

Y a pas à dire l ambiance est fantastique dans cette double course, et la proximité des piliers de freney depuis la blanche est presque enivrante!

Puis la sortie infinie où l ambiance sauna demande détermination pour tracer vers le haut 😅

Un grand bravo Bruno , qui voit sa liste des 82 4000 s étoffer, allez, plus que 2!

Petit montage vidéo ici.

Encore un effort pour sortir sur l arête !
Seuls au monde sur notre fil😊
Un lieu unique et himalayen!