Topo Face Nord Cervin

 

Informations pratiques

Accès

Rejoindre Täsch, où l’on gare sa voiture, puis Zermatt par le petit train. Traverser le village soit à pied soit en bus, pour prendre les remontées mécaniques menant à Schwarzsee. Si les remontées ne le desservent plus, on peut aussi prendre celles menant à Trockener Steg, pour rejoindre le sentier du refuge par une grande traversée descendante vers l’Ouest.

De Schwarzsee, emprunter le sentier qui mène à Hörnlihütte, quelques cordes à la fin. 2h.

Il est aussi possible d’accéder à Hörnlihütte via Cervinia (Italie), la descente se fera alors par l’arête du Lion.

Hörnlihütte a été rénové durant l’été 2014, et dispose d’un refuge d’hiver lors des périodes non gardées.

Itinéraire

Depuis Hörnlihütte, rejoindre un collu situé immédiatement au-dessus du refuge, au pied des premières cordes de l’arête du Hörnli. Traverser en descente vers la face Nord pour accéder au glacier par une petite barre rocheuse (corde fixe), parfois franchissable en neige.

Une fois sur le plateau glaciaire, traverser au pied de la face et attaquer après être passé au pied d’un vague éperon rocheux, à l’endroit où la rimaye remonte. L’ attaque n’est pas évidente de nuit et sans trace. On remonte ensuite des pentes à 45° se redressant à 55°.

avant de buter sous des ressauts raides sous l’arête du Hörnli , on a une pente suspendue à notre droite. Traverser en diagonale à droite (parfois délicat) pour rejoindre le haut droit de cette pente pour faire relais sur pitons au pied d’un ressaut. Il est souhaitable de voir clair à ce niveau afin de ne pas se tromper d’itinéraire. Escalader le ressaut par une belle escalade mixte, friend coincé, M4 sur 8 m environ. Plusieurs passages. Puis remonter les pentes (75) qui suivent pour buter sous un deuxième ressaut plus  long que l’on franchit (75°, M3 environ, bons friends) pour rejoindre le pied de la rampe. Elle se remonte par du mixte facile puis des pentes à 75° max. Plusieurs pitons en place, belle ambiance.

A la fin de la rampe se trouve un resserrement rocheux que l’on remonte par un pas mixte en M4. De là plusieurs itinéraires sont envisageables en fonction des conditions et de la ligne que l’on veut suivre. La description qui suit correspond à celle de notre parcours fin octobre 2014. Laisser à gauche une belle coulée de glace qui se perd sous l’épaule de l’arête du Hörnli, et monter en traversée ascendante à droite pour rejoindre une belle coulée peu visible du bas. 10m à 80°. Relais en haut. On traverse ensuite sur 20 m environ dans du mixte facile, au dessus de rochers clairs visibles du bas (relais avec cordelette bleue). On se trouve sous une coulée, à droite de celle grimpée, et à gauche d’un éperon noir et surplombant caractéristique. Atteindre le pied de la coulée, puis traverser à droite Sous les surplombs, vers des pentes plus faciles. Rejoindre l’arête de Zmutt (1 pas de 3) puis le sommet italien.

Traverser ensuite vers le sommet suisse en se méfiant des corniches éventuelles.

 

Une retraite dans la face est délicate mais semble envisageable depuis le haut de la rampe, d’abord sur des pitons en place, puis ensuite sur abalakoff dans les premières pentes.

Descente de l’arête du Hörnli

La descente est longue, et l’on est souvent en terrain « montagne » exposé. Elle peut se désecalader entièrement (hormis les cordes fixes) en trouvant le bon cheminement. Les ancrages en place sont assez nombreux : cordes, goujons, pitons, broches…

Descendre tout d’abord les pentes sous le sommet suisse pour trouver les cordes. A la fin de celles-ci, suivre l’arête jusqu’à un piton tordu, à l’aplomb duquel on descend, pour rejoindre les pentes de l’Epaule, que l’on descend. Suivre ensuite le fil de l’arête, en utilisant des cordes en place dans un ressaut raide, situées à droite du fil en descendant. On arrive au-dessus de SolvayHütte (non gardé, 8 places environ, quelques couvertures), que l’on rejoint par des dalles. Sous le refuge se trouve un ressaut rocheux qui permet d’accéder à des pentes mixtes que l’on suit vers la gauche en descendant. On passe sur un râteau de chèvre au pied d’une paroi raide. Traverser à gauche au dessus d’un monolithe pour rejoindre un éperon couché (ne pas rester sur l’arête plus à gauche), et le désescalader sur environ 70m. Traverser à gauche pour prendre une bonne et longue vire, dont l’entrée se situe sous un petit éperon (il y a aussi une vire visible plus haut). On rejoint ensuite l’arête au niveau d un petit gendarme , dont on suit le fil. Un premier ressaut à descendre par le fil (corde en place), puis un deuxième à descendre par la droite, et enfin un troisième à descendre d’abord droit puis par la droite (ne pas aller aux installations électroniques). On rejoint ensuite un vaste champ d’éboulis ou de neige que l’on traverse en diagonale à droite, pour rejoindre une vire qui amène aux dernières cordes.

Conditions

Pour avoir de bonnes conditions pour cette course, on cherchera à avoir une face Nord fournie en glace mais sans neige fraîche, et une descente sèche, mais les deux ne sont pas évidents à concilier. Le rocher n’étant pas fabuleux, un isotherme 0° bas permet de réduire les risques de chute de pierres. De ce point de vue, le choix de la saison est lui aussi important car il est  préférable que le soleil ne touche pas la paroi. A savoir aussi qu’en bon pinacle isolé, le Cervin a droit au mauvais temps dès qu’il y a instabilité atmosphérique, d’où la nécessité d’avoir une marge par rapport à l’arrivée d’une perturbation.

 

Difficulté : TD/TD+ ou WI4+/M4/V, 1000m , course d’ampleur sérieuse qui nécessite de bonnes conditions, et qui fait appel à toutes les qualités d’un alpiniste.

Horaires :

approche : 1h depuis Hörnlihütte à l’attaque.

ascension : 7h à 17h en fonction des conditions. Plusieurs passages peuvent se grimper à corde tendue par bonnes conditions.

– descente : 4 à 7h.

Il est fréquent que les cordées dorment à SolvayHütte après l’ascension de la face Nord.

Matériel technique : plusieurs pitons et relais sont en place dans la rampe et les traversées qui suivent.

Prendre un jeu de friends de tailles petite à moyenne, quelques pitons dont des lames, des petites broches., ainsi que le matériel de sécurité sur glacier.

Des poulies bloqueurs apportent une relative sécurité lors d’une progression à corde tendue.

Carte  : Swisstopo 1348 Zermatt et Swisstopo 1347 Matterhorn.

Sites web :

– Site de Zermatt : http://www.zermatt.ch/ , comportant les horaires du train et des remontées mais aussi une webcam braquée sur le Cervin, qui permet de se faire une idée des conditions.

Récit face Nord Cervin

Face Nord du Cervin (4478m) 1000m, TD/TD+

Voie Schmitt

Massif du Valais (Suisse)

La face Nord du Cervin fait partie de ces itinéraires mythiques des Alpes, un maillon de la fameuse trilogie Eiger-Jorasses-Cervin !

Comment se construit la notoriété d’une face ? Très probablement son histoire, plus ou moins tragique, les hommes qui l’ont façonnée, les difficultés techniques et l’engagement bien sûrs, mais aussi la magie du lieu et l’esthétisme de la paroi…

Le Cervin  a quelque chose d’envoûtant : une belle pyramide élancée sortie tout droit d’un dessin d’enfant, obélisque isolé qui supplante les montagnes environnantes. Depuis Zermatt, le regard se pose naturellement sur la face Nord, et la magie opère ! Reste à trouver les bonnes conditions pour l’ascension, sans négliger la descente sur l’arête du Hörnli, fort longue…

La première ascension du Cervin a été réalisée le 14 juillet 1865 par une cordée de 7 personnes dont Edward Whymper. Elle a été réalisée par l’arête du Hörnli, voie de descente classique de la face Nord. C’est justement à la descente de cette première ascension qu’un drame survint : la cordée est entraînée par la chute d’un de ses membres, en direction de la face Nord. La corde casse, sauvant d’une mort certaine Whymper et deux guides.

Contrairement à d’autres montagnes comme l’Eiger, l’histoire est ensuite plus clémente, et la face Nord du Cervin est moins connoté au tragique.

A l’époque des trois derniers grands problèmes des Alpes dans les années 30, à savoir les faces Nord de l’Eiger, Jorasses et Cervin, celui-ci avait la réputation d’être difficile et dangereux, au point d’être considéré comme la course glaciaire la plus dure des Alpes orientales.

Dès 1923 une cordée part pour la face Nord, il s’agit des autrichiens Alfred Horeschowsky et Franz Piekelko. Ils progressent rapidement mais des chutes de pierres les contraignent à s’échapper vers SolvayHütte, petit refuge perché à 4000 m sur l’arête du Hörnli. On peut penser qu’avec de meilleurs conditions, la cordée aurait eu suffisamment de maîtrise pour venir à bout de la face, mais ça aurait probablement altéré le mythe !

Après un apprentissage dans le massif de l’Empereur (Autriche), Franz Schmid (26 ans) et son frèreToni (22 ans), sans le sou mais motivés, rejoignent Zermatt à vélo depuis Munich (Allemagne), la bagatelle de 500 km avec les bicyclettes de l’époque ! Ils transportent leur matériel, notamment des broches à glaces, utilisées pour la première fois en 1924 par Willo Welzenbach. Ces broches constituent la clé de l’ascension puisqu’elles leur permettront de s’assurer un minimum dans les pentes de glace. Ils attaquent le 31 juillet 1931, sous les longues vues de Zermatt qui scrutent leur ascension. Après 1 bivouac dans la face puis 2 nuits à  SolvayHütte suite à l’arrivée du mauvais temps, la face est vaincue et le retour des deux frères à Zermatt est un triomphe. Cette performance leur vaudra le prix olympique aux Jeux d’été de 1932 de Los Angeles.

Notons ensuite la performance de Walter Bonatti qui signe là son adieu au grand alpinisme : durant l’hiver 1965, il ouvre une directe solitaire hivernale dans la face Nord.

La voie Schmid voit ensuite le passage des grands alpinistes contemporains, souvent lors de la fameuse trilogie. Christophe Profit la remonte durant l’hiver 1987, après l’Eiger et les Jorasses, le tout en 42h !Puis Ueli Steck explose le temps d’ascension, après un entraînement spécifique et sans avoir reconnu la voie : 1h56 !

L’accès à la face Nord est rapide : une traversée glaciaire d’une petite heure depuis  Hörnlihütte suffit pour rejoindre l’attaque. La face est impressionnante et l’itinéraire ne saute pas aux yeux. Les difficultés techniques ne sont pas énormes si l’on suit bien les lignes de faiblesse, et si l’on dispose de bonnes conditions. Il s’agit de grimpe « sur les pieds », et de quelques pas mixtes. Le rocher n’est pas fameux mais on trouve quand même des pitons et relais dans la partie médiane de la face. L’arrivée au sommet italien est magnifique, et la traversée aérienne jusqu’au sommet suisse qui s’ensuit reste inoubliable ! Il ne reste plus qu’à gérer la longue descente de l’arête du Hörnli, au cours de laquelle SolvayHütte offre un repos -plus ou moins long- bien mérité !

 

Topo Z direct face Nord de la Meije

Informations pratiques

Accès

En fonction de l’approche retenue, il faudra rejoindre La Grave pour accéder aux télécabines puis les Enfetchores, le Pied du Col pour le refuge de l’Aigle, ou La Bérarde pour les Etançons.

A savoir que le refuge de l’Aigle a été démonté en septembre 2013, et que les travaux d’un nouveau refuge devraient débuter été 2014.

Approche

Le choix de l’approche doit tenir compte de :

  • la possibilité de voir la face avant de s’y engager ;
  • le choix de la descente par la voie normale ou les arêtes ;
  • du timing envisagé : pourquoi ne pas redormir en altitude une fois la course réalisée ?
  • la possibilité de faire une navette voiture, ou de prendre un taxi.

Elle peut se faire depuis :

  • un bivouac situé en haut des Enfetchores (2943 m): Depuis la gare intermédiaire de Peyrou d’Amont du téléphérique de la Meije (2416 m), descendre puis traverser à flanc le Clot des Sables puis remonter l’éperon rocheux des Enfetchores de gauche par un système de vires et de petits pas d’escalade faciles (cairns). On débouche sur le glacier de la Meije.
  • le refuge du Promontoire (3082 m), atteint soit depuis la Bérarde (1713 m) par les Etançons, soit depuis les Enfetchores via la brèche de la Meije (3357 m). Le lendemain matin, on refranchit la brèche puis on emprunte la glacier de la Meije pour rejoindre l’attaque.
  • le refuge de l’Aigle (3450 m) (démonté en septembre 2013) : depuis le Pied du Col (1662 m), prendre un sentier en direction du col du Bec. Remonter l’arête à gauche pour atteindre les vires Amieux (câbles) que l’on traverse pour rejoindre le glacier du Tabuchet, qui permet d’accéder à l’emplacement du refuge. Le lendemain, partir plein ouest pour rejoindre le passage du Serret du Savon (3399 m). Descendre le couloir pour prendre pied sur le glacier de la Meije puis rejoindre l’attaque.

 

Itinéraire

Ligne générale : l’itinéraire monte en diagonale à droite pour traverser sous des rochers ocres raides. On remonte ensuite un large couloir vers la gauche pour rejoindre l’arête rocheuse issue du sommet, que l’on remonte.

Franchir la rimaye (plutôt à droite ces derniers temps) puis remonter une pente de neige pour atteindre des rochers. Traverser à gauche pour monter au plus haut de la neige. Tirer en ascendance à droite (pas à 65° environ), pour remonter une petite goulotte sur une vingtaine de mètres. Traverser à droite par un pas mixte fin, puis remonter des pentes de neige ponctuellement mixte en diagonale à droite pour rejoindre l’aplomb des rochers ocres. Les rejoindre, puis traverser dessous par un trottoir de neige d’abord, puis des pentes se raidissant ensuite. On rejoint le large couloir par quelques pas à 65°.

Remonter ce couloir droit puis vers la gauche pour rejoindre une arête (jonction avec la directe) : la Vigie Centrale.

L1 et L2 : Monter en ascendance à droite pour rejoindre une cheminée que l’on remonte jusqu’à l’arête : la Petite Vigie. On peut aussi passer sur le fil de l’arête, en grimpant un dièdre (5+), puis à gauche du fil.

On se trouve au pied d’un grand dièdre raide (juste à droite du fil), que l’on emprunte sur 2 longueurs.

L3 : Remonter des dalles compactes puis le dièdre proprement dit, 5/5+ , pitons en place, 25 m environ. Relais sur une petite marche.

L4 : Franchir le surplomb situé immédiatement au dessus du relais, puis continuer la fissure jusqu’à une petite vire, 6a ou A0, nombreux pitons, 15 m.

L5 : continuer plus facilement sur 10 m puis remonter un couloir en ascendance à gauche fermé par un bloc coincé, que l’on franchit, 4.

L6 : remonter des dalles droit, pour faire un relais sous une frange surplombante, 4.

L7 : traverser à droite puis remonter un dièdre, puis des dalles, 5.

L8 : remonter des dalles compactes jusqu’au sommet, 4+.

Descente

Traversée des arêtes :

Du sommet, descendre à la Brèche Zsigmondy en 3 rappels (40m, 40m, 30m). Le premier relais de rappel se trouve ~5m sous un relais sur sangles bien visible du sommet.
De la brèche, traverser l’arête jusqu’à des câbles que l’on remonte (70°).
Suivre l’arête au mieux jusqu’au Doigt de Dieu, quelques passages de désescalade, rappel possible. Descendre 30m  pour rejoindre un rappel chaîné.
Poursuivre l’arête horizontale sur 30m jusqu’à un relais sur chaîne. Faire un ou deux rappels pour franchir la rimaye. Descendre la glacier du Tabuchet jusqu’à l’emplacement du refuge de l’Aigle.

Descente de la voie normale

Cheminement à chercher. 4 rappels depuis le sommet, puis descendre le glacier Carré. Traverser une vire à main droite pour rejoindre les rappels de la muraille Castelneau. Descendre le couloir Duhamel (rappels possibles), remonter légèrement rive gauche, puis descendre l’arête jusqu’au Promontoire.

Difficulté : TD, course d’ampleur sérieuse qui nécessite de bonnes conditions (voir plus haut), et qui fait appel à toutes les qualités d’un alpiniste.

Horaires :

approche : 1h30 à 2h depuis le Promontoire ou de l’Aigle à l’attaque.

ascension : 7 à 12h en fonction des conditions

– descente : 3 à 4 h pour la traversée jusqu’à l’Aigle, 4h à 5h jusqu’au Promontoire.

Matériel : quelques pitons dans le z, puis pitons dans les pas difficiles de la sortie rocheuse. Le rocher est globalement compact. Prendre un jeu de friends et de stoppers (notamment des petits tailles), 5-6 pitons, ainsi que le matériel de sécurité sur glacier.

Premières ascensions :

-La Meije a été le dernier sommet majeur des Alpes à être gravi. La première ascension du Grand Pic fut effectuée le 16 août 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau avec Pierre Gaspard et fils. AD, 800m.

-La face nord de la Meije par le couloir du Z a été gravie par Maurice Fourastier et Casimir Rodier en 1933. D, 550 m.

-La première ascension du Z direct a été réalisée par Robino et Tobey le 3 août 1947.
TD,  750.

Carte IGN : TOP25 3436 ET Meije Pelvoux

Récit Z direct face Nord de la Meije

Voie du Z direct

Face Nord de la Meije, 750m, TD

Massif de l’Oisans

 « La Reine Meije » ! La place qu’occupe cette montagne dans le cœur des alpinistes est marquée par une histoire forte, et un esthétisme indéniable. Y parcourir une voie est toujours une belle aventure, et l’itinéraire du Z direct permet de réaliser une course variée sans être extrême, dans une superbe ambiance de face Nord.

Il existe plusieurs possibilités pour accéder à la face Nord, mais aucun n’est anodin : la remontée des Enfectchores côté Nord est une petite course agréable presque ludique, et elle permet de toucher du doigt la paroi, reste à ne pas se laisser impressionné ! Côté Sud la longue remontée des Etançons laisse le temps de méditer à son aise, tout en étant progressivement écrasé par la face Sud. Reste l’accès depuis le refuge de l’Aigle, lieu magique et historique sujet à polémique : comment gérer cette bâtisse centenaire ? Ces trois accès convergent sur le glacier de la Meije, un des beaux glaciers que l’Oisans ait su conserver.

Le Z direct a été ouvert en 1947 par Tobey et Robino, première étape dans la conquête de trois face Nord de La Grave, avalées chaque année pour Tobey : 1948 pour la face Nord du Gaspard, puis 1949 pour celle du Pavé ! Un bel enchaînement qui a couronné la carrière de Tobey, parmi d’autres innombrables ascensions. Citons tout de même son pilier éponyme à Chamechaude en Chartreuse, très grande classique du sommet, et dont l’escalade n’a pas pris une ride plus d’un demi siècle plus tard…

Le Z direct reprend la partie inférieure du Z, ouvert en 1933 par Fourastier et Rodier, (une très belle performance pour l’époque par ces habitués du massif), et qui se parcourt classiquement en piolet et crampons en début de saison. On y rencontre de la neige et glace moyennement raide, avec de beaux passages de mixtes classiques. En bonne conditions et avec du passage, cette partie déroule et offre le luxe de bénéficier un bref instant du soleil en pleine face Nord !

La sortie directe permet de rejoindre le sommet depuis la fin du Z, en empruntant un pilier rocheux. C’est dans cette section où l’on ne peut qu’être admiratif des premiers ascensionnistes : rocher compact, ambiance austère et passages qui grimpent vraiment ! On est content d’y trouver des pitons à demeure… d’autant si le rocher est enneigé et verglacé ! Les dernières longueurs sont moins raides mais encore exigeantes et on sort pile au sommet, du bonheur !

Pour combiner de bonnes conditions dans les deux parties de la face, l’idéal est donc d’avoir la première moitié mixte fournie en neige type « couic-couic », et la deuxième moitié rocheuse sèche. La saison avançant, les difficultés augmenteront dans le bas : rimaye difficile à passer, glace dans les pentes… (le refuge du Promontoire tient à jour un site web avec des informations fraîches).

La suite de l’itinéraire dépendra de l’horaire et de l’accès emprunté : on peut redescendre par la voie normale moyennant plusieurs rappels, avec un cheminement à chercher, ou continuer par la mythique traversée des arêtes, ce qui rend la course tout simplement géniale!

 

Récit Rébuffat Grand Pic Belledonne

Rébuffat au grand pic de Belledonne, 28/07/2011

Ca faisait un petit bout de temps qu’une course d’envergure était au programme avec Bruno. La météo capricieuse nous a mené à rester dans les parages, histoire de ne pas rouler pour rien, et nous avons donc jeté notre dévolu sur la Rébuffat au Grand Pic de Belledonne, ou comment faire du bel alpinisme classique à deux pas de chez soi. La montée au refuge est humide, mais le lendemain, bénéficiant d’une accalmie météorologique, la muraille dévoile tout ce qu’elle a de sauvage et d’impressionnant! La traversée jusqu’à la croix de Belledonne complète bien la course sans compter la traversée du glacier de Freydane, à peu près le seul digne de ce nom dans Belledonne!

Topo face Sud Dibona

INFOS

 Situation

La Dibona se situe dans le cirque du Soreiller, au cœur de l’Oisans. Sa situation en fait un lieu très apprécié des grimpeurs par son orientation favorable, et la qualité de ses escalades. Le sommet se situe à une altitude de 3131 m, et la face Sud fait environ 300m.

Accès

Le hameau des Etages se rejoint depuis Grenoble en 1h40. Compter ensuite 1h45 de montée au refuge du Soreiller par un bon sentier continu pour 1000 de dénivellation.

Carte: IGN 3436 ET Meije-Pelvoux

Refuge du Soreiller : +00334 76 79 08 32

La face en quelques dates

  • 1932 : la Boell, elle louvoie au plus facile de manière hélicoïdale autour de la face Sud ;
  • 1933 : les cannelures Stofer, une variante lumineuse de la Boell
  • 1937 : la Madier, une ligne directe au centre de la face
  • 1967 : les Savoyards, en suivant la faiblesse du bouclier de dalles de gauche, puis sortie aérienne en face Ouest.
  • 1969 : premier solo des Savoyards par Nominé
  • 1985 : solo intégral des Savoyards et des trois Madier (face Sud, Est et Ouest) et dans la journée, par Dominique Jugy
  • 1988 : ouverture de Visite Obligatoire
  • 2009 : ouverture de la Détrie/Junique, sur le pilier aérien de gauche. Enchainement en libre en 2011 par Détrie.

 Les voies

La face Sud compte une multitude de voies qui s’enchevêtrent, un bon topo est donc indispensable pour se repérer. Les voies retenues dans cet article sont :

  • combinaison Berthet-Boell-7 d’un coup-Stofer-Livanos, 5 max, on croise quelques spits des autres voies, pitons en place, prévoir des coinceurs.
  • Madier : 6a/b max pour la fissure homonyme, et 5+. Spits aux relais et 2 par longueur en moyenne, prévoir des coinceurs.
  • Les Savoyards, 6a sur pitons, prévoir coinceurs
  • Visite obligatoire, 6a, équipé sur spits
  • voie Détrie/Junique : 6c/7a obligatoire, 7c/8a max, 5 longueurs sur spits.

Descente

Du sommet, 1 rappel de 50 m ou 2 de 25m, puis une traversée facile sous les clochetons Gunneng vers l’Ouest, pour rejoindre des sentes qui ramènent au refuge.

Pour la voie Détrie/Junique, on rejoint facilement ces sentes à la sortie de la voie.

Conditions

La face Sud est rapidement en condition après une période de mauvais temps. En début de saison, des névés persistent au pied de face et à la descente de la voie normale, méfiance en cas de neige dure.

MATERIEL

Prendre le matériel de grande voie et de quoi évoluer sur la neige dure si besoin (chaussures adaptées, piolet…).

Grimper à simple est un confort appréciable, à condition de bien gérer le tirage et de pouvoir redescendre avec un autre brin si besoin. Dans la Détrie/Junique, le sac se hisse facilement.

En fonction des voies, prendre des coinceurs et aussi prévoir de pouvoir retaper les pitons en place.

Les voies peuvent se faire à la journée depuis le bas, sans passer au refuge, mais il est  dommage de ne pas profiter plus longtemps des multiples possibilités du Soreiller. La société a évolué en ne nous laissant plus trop le droit de perdre du temps, Lady Bona ne se laisse pourtant pas apprivoiser sans lui faire la cour un minimum!

Récit Dibona

Voici un article publié dans Vertical sur la face Sud de la Dibona:

Dibona face Sud

Par Arthur Sordoillet

La Dibona, une fameuse aiguille plantée au cœur de l’Oisans sauvage! Son esthétisme ne laisse personne indifférent, et la qualité de ses voies en fait un objectif incontournable pour l’amateur de belle grimpe. Malgré son environnement haute montagne, il s’agit ici d’escalade plaisir, que ce soit dans les itinéraires historiques ou dans les voies modernes. Voici une rétrospective de la face Sud à travers ses voies majeures, autant de prétextes pour rendre visite à la belle Lady Bona!

Ce Pain de Sucre a de quoi susciter des vocations quand on le découvre au détour d’un lacet du sentier d’approche : un véritable jet de pierre ! L’arête terminale est particulièrement acérée, rappelant vaguement une dent de crocodile, sa largeur doit mesurer une quinzaine de mètres et son parcours donne un peu l’impression d’être sur un pignon d’immeuble… Mais ici point d’ambiance urbaine, c’est dans le « jardin de pierre » du Soreiller cher à Rébuffat, que nous nous trouvons : un cirque rocheux niché au-dessus de la vallée de la Bérarde, généreusement exposé au soleil et dont les parois offrent un rocher excellent.

Cette flèche de granite était nommée « Pain de Sucre », jusqu’à sa première ascension par la facile arête Nord par Guido Mayer et Angelo Dibona en 1913, célèbre guide de Cortina dans les Dolomites, qui lui donna ensuite son nom.

Je ne sais pas si c’est cette fameuse Dibona qui a marqué ma vocation pour la montagne, mais j’ai encore en tête le moment où pour la première fois je la découvris en montant au Soreiller. Je ne crois pas en avoir vu une photo auparavant, et le groupe du CAF dont je faisais partie n’avait de cesse d’utiliser les superlatifs pour décrire cette aiguille « tu verras, c’est magique! etc… » Je me souviens avoir été impressionné par l’aiguille, mais aussi séduit par son harmonie, ses lignes puissantes. Et clairement l’envie de me hisser à son sommet a surgi, peut-être pour son esthétisme mais certainement pour pouvoir moi aussi afficher avoir gravi la belle. C’est fou comme autrui peut avoir une influence sur nos actes! J’ai dû malheureusement patienter plusieurs années avant de fouler son sommet, mais je crois que cela fait partie de l’apprentissage de la montagne…

***

« Alors tu cales le talon droit dans la fissure horizontale, puis tu envoies main droite sur une règle moyenne. Pour sortir tu dynamises sur une bonne prise, mais les pieds peuvent partir ».

En second derrière Julien, dans le toit de sortie de la voie Détrie-Junique (2009), je n’en mène pas large. La difficulté flirte avec le huitième degré, et je n’ai pas du tout envie de me retrouver pendu comme un saucisson plein gaz au-dessus du refuge sans pouvoir regagner le rocher. Alors Rébuffat et son invitation à  » grimper avec élégance, à l’image d’une aiguille si exemplaire » est vite oublié, et après avoir essayé timidement les premiers mouvements, je me rue avec joie sur le bac constitué par la dégaine! Reste encore à sortir du toit…

On se croirait en falaise, pourtant nous sommes presque à 3000m d’altitude. En ce mois de juin 2015, la chaleur nous permet d’être en short, nous grimpons avec une corde à simple sur goujons, sans sac, et « la voie ne sort même pas au sommet » : pas franchement l’idée qu’on se fait de la haute montagne… Au Soreiller c’est de l’escalade plaisir à deux pas du refuge, alors tant que la météo est bonne, on en profite! C’est à se demander parfois ce qui nous pousse vers ces faces Nord froides et austères, dont on a un aperçu juste en face, surmontant le vallon des Etages, avec la Tête de l’Etret et la Pointe du Vallon des Etages : « içi mieux qu’en face »! C’est aussi le nom d’une voie moderne difficile dans les Cerces avec vue sur l’Oisans… Il semblerait que les grimpeurs-alpinistes soient éternellement tiraillés entre les escalades ensoleillées en bon rocher et les faces sauvages et engagées. Peut-être qu’il faut pratiquer les secondes pour mieux apprécier les premières?! Quoiqu’il en soit on a le bonheur de trouver à la face Sud de la Dibona des voies superbes et homogènes, dans un bon granite sculpté, à grains fins et tout en rondeur, que ce soit dans le 5, le 6 ou le 7. Et cette caractéristique est assez rare pour être soulignée.

Pendu à ma dégaine sous le toit, je regarde avec une certaine envie la partie droite de la face où j’évoluais la semaine dernière : une combinaison de voies louvoyant dans la face sud et ne dépassant pas le 5, le tout dans du très bon rocher, chose rare pour l’Oisans dans ce niveau. La combinaison Berthet-Boell-7 d’un coup-Stofer-Livanos – pas moins de 5 voies! – est une très belle manière d’aborder la face, tout en parcourant l’histoire. L’équipement de cette voie est donc assez varié, et entre le goujon et le vieux piton il faudra tout de même manier du coinceur. Elle démarre dans le grand dièdre central comme la fameuse Madier (1937), emprunte son tunnel, puis évite les difficultés de ce dièdre par la fissure Berthet (1937 aussi). On rejoint la Boell, première voie ouverte dans la face (1932), reconnue d’abord depuis le haut puis ouverte un  mois plus tard par le bas, nécessitant pas moins d’une douzaine de tentatives. On devrait d’ailleurs parler de voie hélicoïdale car elle n’emprunte finalement la face Sud proprement dite que sur 1 ou 2 longueurs. Pour rejoindre la vire Boell il est intéressant de suivre la voie « 7 d’un coup » (1988), équipée sur spits lointains. Suivent les fabuleuses cannelures Stofer (1933) : il en fallait du cran pour s’engager dans ce niveau, du vrai V, avec le matériel de l’époque (pas ou peu de piton). Stofer aimait les lignes rectilignes et avait déjà ouvert une sortie directe à la face sud de la troisième dent de la Meije en 1927, du bon V raide et engagé. L’arête terminale est à parcourir par la superbe sortie Livanos (1948) : une dalle fissurée perchée sur cette étrave absolument unique.

La première fois que j’ai parcouru cette combinaison de voies, nous étions partis du bas par météo incertaine, l’ascension s’était bien déroulée mais le brouillard ne nous avait pas lâché de la journée, engendrant cette atmosphère particulière à la fois ouatée et humide… Résultat, mon client Pierre Yves n’avait même pas pu admirer l’Aiguille… au moins, le vide se fait moins ressentir!

La deuxième fois, en juin 2015, la météo est avec nous : Ghislaine, Agnès et moi. Au pied de la face, mieux vaut avoir un bon topo en poche car une des difficultés consiste à arriver à rester dans la voie sans se fourvoyer dans une de ses nombreuses voisines! Tâchons de rester dans du 5, donc. Le passage du tunnel nous prend à froid et demande un peu de volonté pour aller s’y engouffrer, d’autant que la perspective des raclements de sac dans le goulet n’est guère enthousiasmante. Heureusement, la fissure Berthet qui suit et qui évite la grande fissure dièdre de la Madier est particulièrement jubilatoire, une fissure franche dans les mains et les pieds qui pianotent dans une dalle pourvue du bon nombre de prises. Ghislaine affiche d’ailleurs elle aussi un grand sourire quand elle remonte la fissure. L’escalade se poursuit jusqu’à la vire Boell qui se situe sous un mur fissuré magnifique : s’y j’avais le temps, j’essaierais bien cette fissure-là, avec ces verrous de poings, et ses bords arrondis… Il y a aussi évidemment la fameuse fissure Madier, qui en a fait trembler plus d’un, j’y reviendrai. Nous rejoignons ensuite les grimpeurs engagés dans la très parcourue « Visite Obligatoire », la longueur parallèle à nous affiche un beau rocher orangé fort sympathique. Plus haut nous débouchons au pied des cannelures Stofer, et j’ai beau me mettre à la place de l’ouvreur, je crois que j’aurais eu la faiblesse de prendre le détour plus facile de la Boell : les cannelures sont surmontées par un petit toit, et s’il ne passe pas, ça risque de mal se terminer. Mais Stofer était un grimpeur de grande classe, et devait probablement bien gérer l’engagement! Au relais suivant nous avons le choix entre la fin de la Boell au plus facile et la sortie Livanos, sur le bord gauche de l’étrave terminale. La ligne est tellement tentante, pour ne pas dire follement attirante, que j’arrive à motiver Ghislaine et Agnès pour cette option, malgré leur fatigue de fin de voie. Nous ne sommes pas déçus, l’ambiance y est extraordinaire, la ligne de fuite tombant droit sur le refuge, et l’escalade y est technique sans être extrême. Les puristes seront peut-être outrés, mais pour faciliter un pas de traversée, Livanos aurait taillé une prise sur le fil de l’étrave à coup de piolet! Le sommet proprement dit est presque décevant par rapport à ce qu’il suggère vu du bas : foin de pic acéré, nous pouvons nous y asseoir tous les trois, sourires aux lèvres. Bref repos bien mérité, mais les visages réjouis de Ghislaine et Agnès suffisent à justifier les efforts de la course.

***

Une page importante de l’histoire de la face Sud a été écrite par Madier et Fourastier en 1937 : ouvrir un itinéraire direct et central. Madier est un fort grimpeur et il est probable qu’il ait mené en tête la majeure partie des passages clés. « Pur et lumineux  » dira de lui Fourastier, avec qui il a partagé de belles courses, notamment la première de la face N du Rateau. « LA » fissure Madier est un des passages historiques du massif, ouvert avec 1 seul piton, et un mouchoir cravaté autour d’un bloc coincé ! Certes, la difficulté est maintenant plus élevée qu’à l’ouverture (6a/b au lieu de 5+), une écaille malmenée par les pitonnages successifs ayant dû être ôtée lors d’un rééquipement partiel de la voie… sur spit! Sujet polémique s’il en est, lorsqu’en 1990 Jean Michel Cambon, après accord des diverses institutions du moment, place des spits à chaque relais et 2 par longueurs en moyenne, certaines réactions sont vives : « recherche d’une sécurité maximale », trop d’hétérogénéité dans l’équipement… Il semble pourtant que l’équipement en pitons ou vieux coinceurs, de ce genre de vieille classique est plus le fruit du hasard que d’une réflexion mûrie. Un rééquipement intelligent des vieilles classiques permet de conserver le caractère d’une voie en favorisant l’usage des coinceurs et en plaçant des spits là où ce n’est pas possible de faire autrement. Laisser des voies historiques très parcourues avec un équipement disparate, vieillissant et globalement non vérifié n’est pas une solution. Et on peut toujours, comme certaines cordées, faire la voie sans clipper les spits! Arnaud Petit : « Faudra-t-il attendre la disparition des intégristes nostalgiques des vieux pitons? ». De manière générale, il semblerait que la valeur d’un passage puisse être liée à son engagement à l’ouverture. Pour autant est-ce que tous les répétiteurs doivent « engager la viande » sur un tel passage alors qu’on pourrait facilement le sécuriser? Entre un passage franchi en artif sur des vieux pitons douteux, résultats fortuits de l’abandon de cordées en difficulté, et le même passage franchi en libre protégé par un spit, mon cœur ne balance pas. Simplement, le système de valeur n’est plus le même, engagement dangereux d’un côté et difficulté technique sécurisée de l’autre. Pierre Chapoutot : « ces querelles mettent en lumière une réalité qui est assez désagréable, mais dont il faut tenir compte : le divorce consommé entre les acteurs de l’alpinisme et de l’escalade. Quand on ne se comprend plus, il devient évidemment très difficile de s’entendre. Quand les uns et les autres regardent la même montagne, voient-ils la même chose ? »

Peut-être que Pierre Chapoutot songeait-il à ces concepts lorsque, armé d’un tamponnoir dans le passage clé des « Savoyards », une dalle en VI perchée en haut de la face Ouest, et trente après l’ouverture, il décida finalement de laisser sa voie exempte de spit? Cette voie a été ouverte en chaussures rigides en 1967, et comporte deux passages en dalles délicats…

« Descendez… cette voie-là ça va faire de la viande froide! »

C’est ainsi que s’était exclamé Gaston Turc, gardien du refuge au moment de l’ouverture… On imagine la dose d’audace qu’il a fallu aux ouvreurs pour forcer les passages clés, même si selon Pierre Chapoutot lui-même les cotations suite à l’ouverture « avait été nettement exagérées ». Malgré tout, cette ouverture a marqué une évolution de l’escalade dans le massif. Et comme souvent, les répétiteurs  minimisent les difficultés :

Nominé : « Voie très surcotée mais magnifique ». Ou encore, Affanassief : « Cherchons toujours le VI les anneaux à la main; Très belle voie. » et Droyer : « Agréable promenade ». Le Chap’s se défend : « Pour pas mal de gens (…) tout est à vaches, ou presque. Heureusement, ou plutôt bizarrement, cette caractéristique ne s’applique qu’aux voies de « grande école », en général pitonnées à demeure, du Soreiller. Verra-t-on nos petits dieux dans les voies du glacier Noir, de Bonnepierre, de la Meije ? J’aimerais savoir s’ils les trouvent elles aussi à vaches… »

Quoiqu’il en soit, s’engager dans la voie des Savoyards demande une certaine expérience, et là, pas de spit rassurant! Il va falloir trouver le bon cheminement, anticiper les protections et le tirage, retaper des clous si besoin. Tout le charme du terrain d’aventure… Il y a 15 ans, cette voie représentait un bel objectif pour moi, et avec Pierre nous l’avions abordée avec respect. Nous étions seuls au refuge, élément qui rajoute un peu de pression : on ne peut pas partager son stress avec d’autres, discuter avec les gardiens connaisseurs des lieux… Je me colle au premier passage difficile en dalle, et ma foi ça rappelle un peu l’escalade à la tête de la Maye, bien sur les pieds. Je me souviens m’être fait ensuite enguirlander par Pierre dans la longueur en traversée de la fausse vire des Savoyards : mes cordes étaient entremêlées entre les points, et il était mal assuré. Quant au passage clé de sortie, la fameuse dalle en VI, il nous tient en haleine toute la voie. Là encore, c’est de la dalle sur les pieds et en chaussons, ça passe plutôt bien. Par contre ne me demandez pas d’y aller en grosse! La longueur faite, on peut se détendre et apprécier l’arrivée au sommet; j’ai enfin gravi la Dibona, après 5 années de frustration!

***

A la fin des années 70/début 80, les grimpeurs commencent à tourner en rond dans les voies existantes, il est courant qu’il y ait « un bouchon  » dans le tunnel de la Madier. Les spits vont alors ouvrir un champ d’action incroyable : toutes ces belles dalles jusqu’alors inaccessibles vont être peu à peu équipées. S’il faut retenir une voie, c’est bien Visite Obligatoire, soutenue dans le 6a. Pascal Junique et Martine Turc, gardiens du refuge, étaient à l’équipement des premières longueurs, mais Martine devait redescendre en vallée pour une visite obligatoire du sixième mois de grossesse, au grand dam de Pascal. Le nom est bien trouvé car clairement une visite de la voie s’impose. Mais attention à trouver le bon créneau sous peine d’être engagé dans la voie avec d’autres nombreuses cordées, revers de la médaille! Romain et moi avions choisi le printemps, et suite à une ascension du couloir Dalloz en face Nord du col Occidental du Soreiller, nous avions rejoint l’attaque en skiant dans des pentes transformées à point. L’idée était de mêler les styles et les plaisirs : goulotte, ski et grimpe. La première longueur est un bon test pour savoir si on est au niveau, du vrai 6a où il faut se placer et grimper entre les points. Malheureusement, quelques longueurs plus haut le grésil avait mis terme à l’escalade, et c’est dépité de ne pas pouvoir jouir de ce beau rocher plus longtemps que nous avions entamé les rappels.

***

« SEC! Julien, sec! J’essaie de sortir du toit! »

Pendu à ma dégaine dans le toit de sortie de la voie Détrie-Junique, il va bien falloir se décider. Nous devons encadrer un groupe le lendemain avec Julien, et souhaitions mettre à profit l’après-midi qui suit la montée au refuge pour aller essayer la voie. La montée au refuge se ressent encore dans les jambes, d’autant que la canicule nous a peut-être fait perdre 2 litres d’eau, et ce, malgré l’ombre du parapluie emmené à cet effet. Martine Turc, son fils Gaëtan et les aides du refuge nous accueillent allongés dans les transats à prendre le soleil en sirotant une boisson, ambiance vacance! Martine Turc fait partie de l’histoire du massif, elle est une descendante de Pierre Gaspard, l’homme de la conquête de la Meije, et ses parents gardaient déjà le refuge. Depuis celui-ci, l’approche de la voie est faite en quelques minutes. Ouf, il y a un peu d’air sur le fil du pilier. Heureusement car l’escalade est exigeante. L’approche du toit se fait par une grimpe « résolument moderne » dans du bon 7a sur 3 longueurs. C’est à dire qu’il y a du dévers, de la lecture, et un zeste d’engagement entre des points parfois lointains mais très bien placés. L’idée d’ouvrir une voie ici, à gauche des grandes dalles de la face Sud, vient de Pascal Junique, parfait connaisseur des lieux (250 Dibona à son actif!). Il souhaitait créer une voie difficile dans le cirque du Soreiller, et après avoir reconnu la faisabilité de l’escalade du toit, il a mis dans le coup Mathieu Détrie, fort grimpeur. Alors, ce toit, c’est le clou du spectacle, et c’est un tonnerre d’applaudissements qui surgit depuis le refuge lorsque Julien sort du toit en tête, les pieds dans le vide, à la Edlinger. Quelle ambiance! En second, c’est à mon tour d’en sortir, et j’apprécie que la corde bien tendue m’enlève plusieurs kilos. Alors, main gauche sur la règle, je gaine puis je jette main droite sur le bac de sortie, ouf, ça passe! Il n’y a plus qu’à se laisser glisser jusqu’au refuge par le sentier pour rejoindre notre groupe du lendemain, l’esprit satisfait. Enfin pour moi, car Julien a prévu de retourner dans la voie pour tenter de l’enchainer complètement en libre! Et son entêtement a été récompensé, car il a réussi l’enchainement de toutes les longueurs de cette voie Détrie/Junique. Quant à moi, refaire un essai dans cette voie pour tenter le libre, tout se jouant sur les 5 mouvements du toit tout là-haut, je ne crois pas avoir l’éthique et la motivation suffisantes pour y retourner!

A la face Sud de la Dibona, tous les styles de grimpe sont possibles, à nous de choisir celui qui nous convient le mieux, et de tenter l’aventure qui nous correspond. Le dénominateur commun est la qualité du rocher et l’homogénéité des voies. Un séjour là-haut ressemble peut être plus à des vacances qu’ailleurs : un refuge proche et accueillant, un sac léger et un engagement réduit. Alors peut être allez-vous bientôt tomber comme moi sous le charme de la belle Lady Bona, si ce n’est déjà fait!

 

Récit Hornli

Seiya, un Japonais ultra motivé rêve de grimper au sommet du Cervin. Venant spécialement de sa terre natale cette mi juillet, le séjour commence par une course d’acclimatation déjà sérieuse : le Zinalrothorn, sommet esthétique à proximité de Zermatt, et dont la difficulté technique permet de se préparer au Cervin. C’est avec des conditions difficiles (neige, vent et brouillard !) que nous atteignons l’épaule du Zinalrothorn. Seiya est fatigué et nous décidons de redescendre, mais c’est déjà une belle course que nous venons de réaliser ! Après un bref passage à Zermatt, c’est parti pour le Cervin ! Douteux des conditions, nous partons très tôt sur la longue arête du Hornli. Elle est esthétique et variée, et nous maintenons un rythme régulier jusqu’au sommet. La descente se révèle longue d’autant que nous croisons de nombreuses cordées. Mais c’est heureux que nous revenons au refuge du Hornli, pour un repos bien mérité !

Mont Blanc – Pilier du Fréney

C’est un itinéraire dément, et surmontant la plus haute falaise du massif, la chandelle, à 4500 m  d’altitude! Il y a d’abord la montée à Eccles, puis par une approche au final assez classique, on vient buter sur la fameuse chandelle. Heureusement, il y a de nombreux pitons et le rocher est excellent! donc on a le choix entre artif et libre… Inoubliable et marquant!

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Pour se faire une idée de la course voici un récit de l’ascension du pilier de Fréney au Mont Blanc que j’avais rédigé pour Vertical.

Et aussi un topo du pilier du Fréney au Mont Blanc.

Ainsi qu un mini récit et photos de deux piliers du Brouillard pas loin, et qui valent largement le détour ! 

LA COURSE EN BREF

Course de rocher-mixte/3,5 jours min./à partir de 4200 euros d encadrement hors frais annexes.

LES PHOTOS

Quelques photos pour se mettre dans l’ambiance :

MATÉRIEL

Le choix du matériel est fondamental pour le bon déroulement de la course, tant d’un point de vue sécurité que pour un maximum de plaisir. Il faut prendre ce qu’il faut, mais être au plus léger, tout un art! Voici une liste de liste matériel alpinisme. N’hésitez à pas à m’interroger si vous avez un doute, nous ferons en tous les cas un point avant le départ.

Pensez aussi à signaler toute particularité de santé.

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Pour toute question appelez Arthur au+33(0)6-82-10-22-07.

Cervin – face Nord voie Schmitt

Une des 3 grandes face nord des Alpes, avec les Jorasses et l’Eiger. Des pentes fuyantes, de la recherche d’itinéraire et quelques traversées astucieuses nous amènent à la plus belle pyramide alpine!

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Pour se faire une idée de la course, voici un récit de l’ascension de la voie Schmitt à la face Nord du Cervin que j’avais rédigé pour Vertical.

Et aussi un topo de la voie avec un aperçu historique.

LA COURSE EN BREF

Course de mixte/3 jours min./à partir de 5000 euros d encadrement hors frais annexes

LES PHOTOS

Quelques photos pour se mettre dans l’ambiance :

MATÉRIEL

Le choix du matériel est fondamental pour le bon déroulement de la course, tant d’un point de vue sécurité que pour un maximum de plaisir. Il faut prendre ce qu’il faut, mais être au plus léger, tout un art! Voici une liste de liste matériel alpinisme. N’hésitez à pas à m’interroger si vous avez un doute, nous ferons en tous les cas un point avant le départ.

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